La Cité nationale de l’histoire de l’immigration, une tentative de réponse à la question : Qui appartient à la nation ? »

 

Agnès Arquez-Roth (Cité nationale de l’histoire de l’immigration, Paris)

M. Luc Gruson (Directeur général adjoint - Etablissement public de la porte dorée - Cité nationale de l'histoire de l'immigration )

 

En tout premier lieu, il est important de reconnaître que c’est bien l’actualité politique sur la place des immigrés dans la société et dans les banlieues dites à problèmes auxquelles on les identifie, qui relance le débat autour de la nation et par là même l’identité nationale.

 

La France reste très attachée à la définition d’une nation qui trouve son socle dans la réalité d’une république démocratique, une et indivisible, fondée sur les valeurs d’égalité, de laïcité et de citoyenneté.

 

Pour arriver à comprendre en quoi une institution culturelle d’un nouveau genre, comme la Cité nationale de l’histoire de l’immigration, peut constituer des tentatives d’organisation démocratique de ces débats, il convient de questionner plusieurs concepts et de les placer dans le temps, à la lumière de l’histoire de l’immigration. L’analyse du lien entre immigration, intégration et citoyenneté, permet également d’appréhender la singularité du modèle français, ses limites et ses perspectives.

 

Le concept de nation en France : une définition et une histoire singulière

 

- Une étroite relation entre la construction de la nation/France et l’histoire de l’immigration

 

La France est, seul cas en Europe, un pays d’immigration depuis le XIX siècle. Chaque vague d’immigration se heurte à des conceptions différentes de la nation et suscite des comportements contradictoires et complexes.

 

La singularité française s’exprime par le fait que depuis deux siècles, les étrangers, les immigrés ont contribué politiquement, culturellement, socialement et économiquement à faire ce que la société française est aujourd’hui de façon structurelle, dans une composition multiple.

 

Depuis 1945, cette singularité tend à diminuer puisque la France, comme tous les pays d’Europe, connaît une immigration de plus en plus mondialisée et des problèmes de cohésion sociale et nationale identiques. Au moment où l’Europe tente de définir une politique commune en matière d’immigration, chaque société pose le débat contemporain en fonction de son histoire.

 

En effet une industrialisation précoce en France au XIXème siècle et un peuple français encore très attaché à la terre à laquelle il vient d’accéder depuis peu grâce à la révolution, offre des conditions optimales d’accueil des populations étrangères. En 1851 les étrangers sont au nombre de 400 000, et la loi française instaure la notion de droit du sol. En 1881 le cap du million est dépassé. Dans un premier temps, les immigrés sont répartis territorialement en fonction de leurs savoirs faire car le manque de main-d’œuvre est criant. Dans un deuxième temps c’est souvent dans une situation économique très précaire que les ouvriers immigrés sont placés et se retrouvent rapidement mis en concurrence avec les prolétaires nationaux, confrontés aux mêmes conditions difficiles des industries modernes.

 

La dure histoire des relations entre français et immigrés commence. La haine xénophobe se manifeste d’abord en milieu ouvrier.

 

Le passage d’une migration de voisinage à une migration de masse, a fini par sceller durablement la « diabolisation de l’étranger ». C’est sur cette toile de fond, dans ce paysage que se cimentent les identités nationales. La crise économique de la fin du XIXème siècle rajoute à la xénophobie, la montée de l’antisémitisme.

 

En 1889 les républicains posent les fondements de la nationalité française qui assure  la fusion juridique entre citoyens de toutes origines. Si au cours de l’histoire cette loi sera modifiée, elle ne sera jamais remise en question sur les valeurs d’égalité de droit et de traitement qui la fondent. En revanche et de façon paradoxale, elle introduit une séparation entre les nationaux (français de toutes origines) et les étrangers.

 

Cette république démocratique, alors unique en Europe offre un modèle en Europe, et les engagements d’étrangers au côté de la France, à la première guerre mondiale, le prouvent. C’est pourquoi cette guerre sera d’autant plus une rupture vécue de façon tragique, quand on analyse la montée des mouvements nationalistes.

 

Enfin les conquêtes coloniales depuis 1880 apportent leurs lots de confusion dans cette relation ambiguë entre nationaux et étrangers. Si certains habitants d’anciennes colonies obtiennent l’égalité juridique, d’autres s voient traités avec discrimination lors de la première guerre mondiale. D’aucuns ont dans ce premier contact avec la France connu le sentiment de liberté et une forme d’égalité. Les mouvements nationalistes indépendantistes naîtront de ces rencontres.

 

Après la guerre dans la France en reconstruction l’immigration est devnue une nécessité nationale. En 1931, le nombre d’étrangers atteint les trois millions, c'est-à-dire 7% de la population totale.

 

Les circonstances internationales contribuent à diversifier le monde des immigrés tant par la situation sociale que leur origine. L’immigration entre les deux guerres est , à un niveau populaire, à la fois économique et politique en raison des expatriations. Dans les années 1920, on assiste à un repli communautaire, parfois soutenu par les pays d’origine (ex Pologne). Mais le déclin démographique, permet des naturalisations massives et l’octroi de la nationalité se fait facilement.

 

La crise mondiale atteint la France en 1932, au même moment où se tient l’exposition coloniale qui  verra la construction du Palais de la Porte Dorée où se situera, défi lancé à l’avenir, la Cité nationale de l’histoire de l’immigration. Cette crise est économique mais surtout politique. Les fondements de la Républiques sont fragiles et les étrangers puis les juifs, sont désignés comme des boucs émissaires.

 

Le basculement tragique de la république vers le régime de Vichy désespère tous ceux qui voyait en la France une démocratie susceptible de lutter contre les dictatures. Pendant le Front populaire, les étrangers ont porté bien des espoirs dans un avenir de fraternité. Ils lutteront encore aux côtés de la France, et notamment de la résistance où ils seront nombreux, jusqu’à la libération.

 

En 1946, les étrangers ne sont plus que 1 million 700000. Mais encore une fois,  la reconstruction de la France et l’essor économique permet d’oublier l’épisode Vchy et l’histoire douloureuse des immigrés entre 1930 et 1940, en donnant l’illusion qu’ils s’étaient tous intégrés sans difficulté.

 

Puis de 1945 à 1975, la France connaît non seulement une croissance économique continue mais également une nouvelle vague d’immigration largement ouverte à une population qui passe dans le même temps de la colonisation à l’indépendance.

 

La question nationale pose alors de nouveaux enjeux entre une xénophobie sous l’effet de la guerre qui s’atténue et depuis 1951 le début de la construction européenne.

 

Pour la première fois l’Etat veut organiser les conditions d’une immigration d’utilité, qui ne serait que provisoire, époque où l’Allemagne officialise le système du Gastarbeiter. Les discriminations sont si fortes que nous assistons à l’émergence d’une nouvelle image sociale de l’immigré. Puis très vite la France, la nation va devoir confronter ses contradictions dans la gestion conjointe de l’immigration et la décolonisation.

 

En 1974, la suspension de l’immigration semblait répondre aux premiers problèmes de la crise mais en 1980, celle-ci se radicalise. Les immigrés sont les premiers touchés. Des amalgames entre immigration et  terrorisme s’accentuent, donnant à la question nationale des accents très extrêmes.

 

De nouvelles formes de xénophobie naissent sur le plan politique avec Jean Marie le Pen. Les boucs émissaires ne sont plus les étrangers et les juifs mais les immigrés arabes.

 

La religion et plus particulièrement l’islam est une nouvelle donnée qui se heurte à la tradition laïque de la république française.

 

- L’identité nationale à la lumière de la citoyenneté et de la laïcité

 

Désormais on observe un glissement de la question nationale non plus autour de l’immigration mais des enjeux d’intégration.

 

Bien que le modèle français d’intégration soit pointé dans ses limites à accepter les différences, entre 1983 et 1985, les enfants d’immigrés prennent l’initiative de trois marches civiques contre le racisme, pour l’égalité républicaine, pour leur intégration à la nation dans le respect de leurs différences.

 

Si la société française d’aujourd’hui montre bien une difficulté à intégrer une partie de la jeunesse française dont les parents sont immigrés, elle continue de faire le choix d’une approche territoriale et non ethnique et stigmatisante.

 

La nation française, toujours fidèle à ses valeurs de laïcité et de citoyenneté doit trouver les modes de relation pour conjuguer au sein d’une même nation, la coexistence d’identités diverses.

 

La question de l’Islam est cruciale en France comme en Europe mais le débat est posée en France pour intégrer cette pratique dans le cadre républicain.

 

C’est donc bien le lien entre nationalité et citoyenneté qui fonde l’égalité républicaine, c’est pourquoi la France recherche une voie moyenne qui permette l’expression des différences dans une société unie autour des mêmes valeurs. Seule la garantie des droits fondamentaux de l’individu et du citoyen peut ouvrir les voies de l’égalité des droits et de l’égalité de traitement.

 

La fabrication de la nation, unitaire dans son projet politique et composite dans sa réalité sociale et culturelle, a traversé le XIXème et le XXème siècles en intégrant un apport continu de migrants dans la citoyenneté.

 

L’intégration d’immigrations successives dans la communauté nationale est un fait ainsi que la diversité des origines des français. « Le creuset français » qui prend son inspiration dans la déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789, rédigée au moment de la création de l’état civil laïque, ne tient pas compte des origines.

 

La diversité culturelle s’est développée en France non pas par la coexistence de communautés séparées mais « par la volonté de vivre ensemble » qui confère à l’individu un rôle primordial.

 

Une citoyenneté qui vise à l’émancipation de la personne de toutes contraintes est l’une des causes principales de malentendus sur les significations de l’intégration. La laïcité est souvent présente comme une exception française. A l’instar de la liberté et de l’égalité, la laïcité ne va pas de soi. Elle a réussi à s’imposer par sa capacité à régler des conflits et à faire droit à la diversité croissante des visions du monde. L’histoire de la France est aussi, non sans conflits, un creuset idéologique.

 

Laïcité et intégration à la française : une réalité mise en cause ?

 

Laïcité et intégration renvoient donc nécessairement au pluralisme. La laïcité est donc intimement liée à une conception de la citoyenneté et à une certaine idée de la nation, toutes deux fondées par le lien politique et non par les liens de sang, dépendants d’une entité ethnique. C’est pourquoi les systèmes claniques, ethniques, théocratiques sont réfractaires à l’idée même de laïcité qui est à la fois philosophique, éthique et juridique.

 

La laïcité en instituant la séparation des églises et de l’Etat, opère une distinction entre la sphère du public et celle du privé ; entre l’homme/individu et le citoyen ; entre l’intérêt général et les intérêts particuliers. Elle signifie aussi la distinction entre l’identité et la citoyenneté qui construisent la personne dans une relation dialectique sans que l’une ne se confonde avec l’autre.

 

Cette conception républicaine de l’intégration et de la laïcité pousse la logique des droits de l’homme jusqu’à un point qui ne permet à la dimension collective de l’identité de dépasser les droits individuels. Cet idéal, ce point d’équilibre est difficile à trouver et malheureusement l’exercice des droits dans la réalité sociale, politique et économique de la France montre ce terrible écart entre le discours et les réalités.

 

Force est de constater que si les politiques d’accueil peuvent progressivement converger dans le cadre européen, l’intégration reste très liée à la conception que chaque état/nation se fait du « vivre ensemble », de la citoyenneté, des modes de participation et de représentations démocratiques

 

Comme nous venons de le voir, la politique publique d’intégration en France a été depuis toujours étroitement liée aux politiques d’immigration. Au fur et à mesure, et au gré de l’évolution de ces politiques, la France est passée du traitement social, passif et réparateur pour aller vers une approche valorisante de l’intégration, dépassionnée, déculpabilisée.

 

C’est ainsi que depuis 2002, elle a structuré et coordonné, sa politique d’intégration autour de trois piliers :

-          une politique d’accueil et d’intégration valorisée et articulée autour d’un contrat en direction des populations nouvellement arrivées

-          une politique de promotion sociale et professionnelle des personnes immigrées et issues de l’immigration

-          une politique de lutte contre les discriminations raciales repensée

 

Enfin la relance le 24 octobre 2002 du Haut Conseil à l’Intégration a permis de rappeler l’implication et la responsabilité de la société dite d’accueil, dans le processus d’intégration, alors défini comme un processus dialectique et dynamique entre l’ensemble de la société et les populations migrantes.

 

Dans le contexte français le mot « intégrer », signifie à la fois accueillir, assurer l’égalité des droits, l’égalité de traitement dans une perception des concepts de nation et de république une et indivisible, inchangés.

 

Cette injonction paradoxale, cette distance entre volonté politique, action publique et réalités sociales, représentent un véritable défi posé à la société française dans son ensemble. Et c’est donc naturellement que la mémoire et la reconstruction des parcours identitaires sont devenus ces dernières années une dimension essentielle de l’intégration. Cette conviction a tout d’abord été portée avec force et engagement par le milieu associatif puis reprise par les pouvoirs publics.

 

La question de la mémoire de l’immigration s’est fait sentir en premier lieu par les enjeux de réussite des politiques d’intégration, mises en péril, si un changement ne s’opérait pas.

 

C’est une prise de conscience majeure du lien entre « mémoire, identité, intégration ». En effet c’est affirmer que «l’intégration fonctionne comme un processus fusionnel, jamais comme une amputation. Il n’existe d’intégration durable que, nourrie d’une construction identitaire par additionalité, et non par césure, encore moins par censure. Au silence volontaire ou accablé des parents, correspond systématiquement la révolte et le rejet des enfants. Les mécanismes d’intégration n’opèrent jamais sur des êtres amnésiques, fictivement recomposés. La résurgence culturelle prend alors des formes déstructurées et caricaturales. » (Olivier Rouselle)

 

C’est pourquoi les réponses aux événements survenus ces dernières années, et fortement médiatisés, sont multiples et complexes. Elles s’inscrivent dans des processus de :

-          changement des mentalités et des représentations sur du long terme pour l’ensemble de la société

-          confiance retrouvée dans la cohérence et la conséquence de la mise en œuvre des valeurs défendues par la république / égalité des droits / égalité de traitement

-          connaissance de l’histoire de l’immigration et d’articulation avec  la mémoire des populations immigrées

-          reconnaissance de l’apport des populations immigrées à l’histoire de la France, la construction de la nation et la culture françaises

 

C’est donc bien plus le sentiment d’appartenance à la nation française qui est recherchée que la reconnaissance de la diversité des cultures et de la double appartenance.

 

En somme les trois mots fédérateurs, emblématiques des politiques publiques en France, sont : intégrer (accueillir, égalité de droits et de traitement), connaître (articulation histoire/mémoire), reconnaître (au sein d’une «culture commune faite de diversités»).

 

La Cité nationale de l’histoire de l’immigration : un lieu de débat pour la société de demain

 

Plus que sensibiliser la société d’accueil qui reste un moyen d’action, le projet de la Cité entend interpeller, impliquer la société dans son ensemble, par une volonté politique réaffirmée. La société civile au travers du réseau d’acteurs qui la représente, est placé comme un élément transversal, seul susceptible de garantir la réussite des trois objectifs de la politique publique d’une part et la cohésion sociale du pays d’autre part.

 

Cette omniprésence de la société civile tout aussi pertinente qu’elle soit, représente un des défis les plus grands de la Cité, dans la mesure où il faudra faire appel sans doute à de nouveaux modes de communication, d’expression, de dialogue, qui permettent de matérialiser, visualiser, identifier la présence de la société civile dans sa diversité.

 

 

Parallèlement l’évolution des politiques culturelles, joue un rôle également important dans la conception du projet de la Cité nationale de l’histoire de l’immigration, en matière de développement d’une politique culturelle décentralisée et proche de l’ensemble des publics et des problématiques sociétales.

 

La France est passée progressivement, sans toutefois que ce phénomène ait complètement disparu, d’un travail sur les cultures d’origine, figées dans le temps avec le risque d’une «folklorisation de ces cultures», à une culture en mouvement, en devenir, synthèse des apports culturels variés, hérités, enrichis de la mémoire et de l’histoire des français d’origine étrangère.

 

Le regard se porte donc sur cette culture en construction, qui trace un lien indélébile entre le passé, le présent, et la vision rêvée d’un avenir, plutôt que sur l’affirmation d’une culture vivante qui supposerait de faire le deuil d’une culture morte, quelle qu’elle soit, culture française ou d’origine.

 

Le concept de diversité culturelle est entendu au sein du projet de la Cité nationale de l’histoire de l’immigration, dans cette dernière acception.

 

Toutefois il est courant de relever en France les risques et les ambiguïtés de ce concept de diversité culturelle qui, selon l’interprétation qu’on lui donne, peut mettre en question les principes d’unité, d’universalisme dans lesquels la société française continue à se reconnaître.

 

 

 

 

 

Dans les débats en cours, deux principales craintes s’expriment souvent en opposant deux conceptions de la diversité culturelle :

 

-          l’une caractérisée par un mélange de cultures et de genres, vécu comme des métissages, qui représenteraient un risque de dissolution de la «culture française» dans sa «pureté originelle» par ailleurs illusoire (encore une représentation à déconstruire)

-          l’autre par une mondialisation des cultures qui, selon leur pouvoir de diffusion, viserait à la dissolution des cultures pour l’avènement d’une culture dominante

 

La cité nationale de l’histoire de l’immigration s’inscrit résolument dans une culture « vivante », en mouvement, enrichie des contributions qui se réfèrent aux parcours identitaires, aux trajectoires, modes de pensée, raisonnements ou expressions directement, hérités d’autres cultures.

 

Il faut admettre que la Cité a l’ambition de s’inscrire dans les interstices laissés par les écarts hérités de l’histoire politique, sociale, culturelle ; et des représentations. L’enjeu pour cette institution culturelle d’un genre nouveau en France, sera d’être en capacité de tisser des liens entre les deux colonnes du choisi et de l’imposé, de l’utopie nécessaire à une société et de la réalité sociale, politique et culturelle.

 

-          République française héritée de la révolution française et de la déclaration des droits de l’homme

-          Principes d’égalité de droits et de traitement

-          Représentation homogène du citoyen= le même

-          Reconnaissance de l’histoire coloniale

-          Reconnaissance de l’histoire de l’immigration par la connaissance

-          Inscription de l’apport des populations immigrées/patrimoine de la France

 

-          ………..

Projet de la Cité nationale

de l’histoire de l’immigration

-          Une réalité sociale, politique, économique qui révèle inégalités, exclusions, discriminations

-          Acceptation et reconnaissance de la diversité

-          Représentation des différentes cultures, de l’étrange, de l’Autre

-          Reconnaissance de la mémoire des populations immigrées

 

-          Dépassement de la mémoire y compris dans ses composantes douloureuses

-          ……

 

 

Dans le projet de la Cité, la question des représentations et de l’image de l’Autre est au cœur de l’évolution attendue et du changement des mentalités dans la société dite d’accueil. Ce qui constitue le regard, l’image de l’Autre est issue d’une culture, d’une histoire et c’est pourquoi il est crucial de se donner les moyens de la recherche, de la reconnaissance de ce passé.

 

On assiste de façon générale à une reconfiguration de la République, du concept de nation sous l’influence de la dualité renforcée et devenue impossible entre un projet politique et la mise en œuvre par les acteurs des politiques publiques, vecteurs potentiels de représentations négatives et donc producteurs de discriminations et d’inégalités.

 

Aujourd’hui lever le non-dit, donner une visibilité à l’indicible des représentations liées l’histoire de l’immigration, est une priorité si on ne veut pas voir se creuser l’écart entre les principes et les valeurs de la république, et la réalité de la société française.

 

Pour sortir de cet écart paradoxal, contradictoire on est parfois passé d’une dialectique du maître/esclave, dominant/dominé, à celle du repentant/victime.

 

Le projet de la Cité, tout en restant conscient que l’ensemble de ces réalités restent présent dans notre société, propose d’aller vers un espace de rencontre, de dialogue, de questionnement. Il ne cherche pas à convaincre mais plutôt à tenter de faire réfléchir en sortant d’une réflexion auto centrée.

 

C’est donc le rejet de cette opposition entre une société de citoyens uniformes, identiques,(le même), et d’une société se définissant par la séparation avec l’Autre, que le défi est posé à la société française. Cette réflexion devrait conduire à la définition d’un nouveau « vivre ensemble ».

 

La Cité est un lieu de convergence mais aussi un lieu symbolique (installée au palais de la Porte Dorée) qui, dans sa transformation, montrera la capacité de la société civile à se questionner à nouveau, à assumer ses contradictions, son passé, pour se donner les moyens d’une réappropriation collective de l’histoire récente ou immédiate.

 

L’appropriation individuelle mais aussi collective de l’histoire et des parcours d’immigrés dans la société française implique de sortir des dogmes, mouvements d’ores et déjà amorcés dans l’évolution des politiques culturelles comme celle de l’intégration, pour permettre une prise de conscience par la société d’accueil de sa diversité, dans l’unité de la république.

 

Il s’agit donc en conclusion d’«Instaurer le mouvement de création de la Cité nationale de l’histoire de l’immigration sans altérer sa force et sa complexité … constituer… un centre de connaissance, de tolérance et d’intégration de nature à renforcer la cohésion nationale d’un pays dont l’identité est faite plus que jamais de tradition, d’ouverture et de diversité (rapport Jacques Toubon, 2004).

 

Institution culturelle d’une conception inédite, la Cité nationale de l’histoire de l’immigration associe un lieu central à Paris et un réseau de partenaires, qui ont pour dessein de regrouper des associations, des institutions culturelles, des entreprises, des chercheurs et des collectivités locales en France et à l’étranger.

 

Elle contribue au travers du réseau impliqué dans le projet à changer les représentations sur l’immigration. Elle participe à une meilleure cohésion sociale en incitant l’ensemble de la société civile à participer à ce débat et à l’enrichir.

 

Elle ouvrira ses portes au printemps  2007 et présentera graduellement :

-          une exposition permanente « Repères »

-          des expositions temporaires dont l’une en partenariat avec le Deutsches Historisches Museum (« regards croisés France/Allemagne aux XIXème siècle et XXème siècle)

-          un centre de ressources

-          une programmation artistique et culturelle